TENDANCES ET ENJEUX DES EHPAD DÉCRYPTÉS PAR ELIOR SERVICES SANTE

TENDANCES ET ENJEUX DES EHPAD DÉCRYPTÉS PAR ELIOR SERVICES SANTE

11 oct. 2019

Tom Lowe
11 oct. 2019

[Article] Depuis plus de cinquante ans, les EHPAD souffrent de relégation

Plus de maintien à domicile contre moins de moyens en Ehpad et moins d’hospitalisations en long séjour : c’est, selon la sociologue Valentine Trépied, l’équation qui a conduit les établissements d’accueil pour personnes âgées à la crise actuelle.

Plus de maintien à domicile contre moins de moyens en Ehpad et moins d’hospitalisations en long séjour : c’est, selon la sociologue Valentine Trépied, l’équation qui a conduit les établissements d’accueil pour personnes âgées à la crise actuelle.

 

VALENTINE TRÉPIED EST DOCTEUR DE L’ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES EN SCIENCES SOCIALES (EHESS). En 2015, elle a consacré sa thèse aux Ehpad (Devenir dépendant. Approche sociologique du grand âge en institution). Conférencière et formatrice, elle intervient en centre de formation continue pour les infirmiers et les directeurs d’établissements (Université Paris-Dauphine).

 

Le secteur des Ehpad est aujourd’hui en crise, comment l’analysez-vous ?

Valentine Trépied : Ces établissements ont toujours été les parents pauvres des politiques publiques pour la vieillesse. En 1962, Pierre Laroque, alors président de la commission d’étude des problèmes de la vieillesse, a rédigé un rapport qui est longtemps resté une référence. Depuis, on privilégie le maintien à domicile avec l’aide de professionnels et de l’entourage proche. Les récentes mesures en faveur des aidants, comme le droit au répit créé par la loi d’adaptation au vieillissement de décembre 2015, vont également dans ce sens. Cette politique permet de limiter le financement de structures d’hébergement et la formation de personnels… Mais le corollaire, c’est que les représentations liées aux Ehpad sont devenues plutôt négatives. Notons au passage que ce sont surtout les femmes – épouses, filles, belles-filles… – qui assument ce maintien à domicile et qu’elles peuvent en pâtir, au moment de la retraite, si elles ont mis pour cela leur carrière entre parenthèses. 

 

Le maintien à domicile n’est-il pas majoritairement préféré par les personnes vieillissantes et par leurs proches ?

V. T. : C’est là le propre de la sociologie. Les normes et les pratiques sociales sont influencées par les politiques menées. Dans les pays nordiques, on développe une culture radicalement différente : l’interdépendance entre générations est plus forte et les pouvoirs publics consacrent des moyens plus importants aux établissements pour perVALENTINE TRÉPIED EST DOCTEUR DE L’ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES EN SCIENCES SOCIALES (EHESS). En 2015, elle a consacré sa thèse aux Ehpad (Devenir dépendant. Approche sociologique du grand âge en institution). Conférencière et formatrice, elle intervient en centre de formation continue pour les infirmiers et les directeurs d’établissements (Université Paris-Dauphine). BIO — 9 — sonnes âgées. Ceux-ci bénéficient d’une bonne image et y vivre relève d’un choix accepté, voire privilégié.

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Le profil des personnes accueillies en Ehpad ne joue-t-il pas également un rôle dans cette crise ?

V. T. : En effet, depuis la fin des années90, la médicalisation de la vieillesse s’est déplacée des hôpitaux vers ces établissements, sans que ces derniers ne disposent de moyens accrus. Dans les unités de soins de longue durée (USLD), le taux d’encadrement par des soignants est plus important que dans les Ehpad. Confrontés à des états de santé plus lourds, contraints d’adopter une logique de productivité et de rationalisation des tâches, ces derniers ont ainsi beaucoup de difficultés à ne pas laisser le lieu de soin prendre le pas sur le lieu de vie.

 

Quel est l’impact de cette situation sur les Résidents ?

V. T. : Il n’existe pas de réponse homogène à cette question car les personnes âgées, comme tous les individus, possèdent toutes leurs particularités. On n’a pas tous fréquenté les mêmes personnes, ni eu le même parcours, donc on ne vieillit pas tous de la même manière ! Et tous n’ont pas le même vécu en Ehpad… Certains s’y sentent plutôt bien, d’autres pas du tout (voir les idéaux types ci-dessous). Si la plupart apprécient la visite des enfants dans le cadre de démarches intergénérationnelles, par exemple, certains redoutent le bruit ou appréhendent l’image qu’ils peuvent donner

 

Comment améliorer leur ressenti ?

V. T. : La première chose à faire serait d’abord d’écouter ces adultes vieillissants. On parle trop à leur place! J’en ai rencontré beaucoup capables de poser un regard critique sur leur situation, de proposer des pistes de réflexion et d’amélioration. Ils ont énormément de choses à nous apprendre sur leur vécu. Mais, déjà, il me semble important de maintenir leur autonomie au maximum, coûte que coûte : leur permettre de se laver les parties du corps qu’ils peuvent atteindre, par exemple. Mais pour faire évoluer plus fortement les représentations des personnels sur la dépendance, il leur faudrait davantage de formations sociologiques...

 

Cet article est extrait du Livre Blanc "De la professionalisation à la confiance pour le bien-être en EHPAD". A télécharger ici !

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