TENDANCES ET ENJEUX DES EHPAD DÉCRYPTÉS PAR ELIOR SERVICES SANTE

TENDANCES ET ENJEUX DES EHPAD DÉCRYPTÉS PAR ELIOR SERVICES SANTE

15 déc. 2016

Tom Lowe
15 déc. 2016

[Article] Intimité et sexualité en EHPAD 

« Imaginez que 25 fois par jour quelqu’un entre chez vous ! Difficile de développer un sentiment d’intimité ou de tranquillité. » Gérard Ribes, psychothérapeute, sexologue et enseignant chercheur à l'Université Lyon 2, plante le décor.

Oui, on estime qu’une chambre de résident en EHPAD est visitée en moyenne 25 fois par jour. Comment, dès lors, imaginer la vie intime et sexuelle des résidents ? Comment amener le personnel des EHPAD à aborder et respecter le sujet, et à mettre en œuvre des bonnes pratiques ?

Si l’activité sexuelle diminue avec l’âge, elle ne s’arrête pas, même après 75 ans. Le New England Journal of Medecine publiait en 2007 une étude américaine menée auprès des 57-85 ans : parmi les 75 à 85 ans, 26% déclaraient avoir eu une relation sexuelle dans l’année. Or la proportion de la population sexuellement active en résidence tombe à 8%. Si l’amour fait partie du quotidien des EHPAD, rythmé par les couples qui se font et se défont, comment laisser les sentiments et la sexualité des personnes âgées s’épanouir librement ?


Loi ASV et droit à l’intimité

Le respect de l’intimité des résidents est une notion fondamentale des textes de loi concernant la vieillesse et sa prise en considération. La loi relative à l’adaptation de la société au vieillissement (loi ASV), mise en œuvre en septembre 2016, intègre clairement cette notion : « Les maisons de retraite médicalisées(…) sont, à la fois, des lieux de soins et de vie. [Ils] doivent être conçus de manière à mieux intégrer les souhaits de vie privée des résidents, leur intimité et leur vie sexuelle. » Doivent être assurés, « à toute personne prise en charge (…) le respect de sa dignité, de son intégrité, de sa vie privée, de son intimité (…) » (article 27). Un droit à l’intimité qui inclut la sexualité.
Selon Gérard Ribes, « le point central de ce sujet, c’est la réflexion qu’ont les institutions sur la question de l’intimité, pas uniquement de la sexualité. » C’est bien ainsi que la résidence Georges Brassens, avec les deux autres résidences des Rives de l’Elorn, en Bretagne, s’est emparé du sujet il y a trois ans. Une formation dédiée y a concerné l’ensemble du personnel et de la direction. Des groupes d’échange, il est ressorti qu’il était d’abord nécessaire de bien définir le sujet : « Le personnel avait tendance à considérer la sexualité comme un rapport sexuel. A présent, c’est une notion qui est comprise sans nécessaire rapport entre deux personnes : on peut avoir une sexualité seul. C’était important d’en prendre conscience » témoigne Anne Uguen, directrice de la maison Georges Brassens.


L’exemple des pyjamas fermés

Plus largement que la sexualité, c’est l’intimité qui est au cœur de la réflexion : « le besoin d’intimité d’une personne signifie le besoin de se retrouver seule, avec son corps, d’avoir la possibilité d’accéder à son corps. » Une notion qui paraît simple, mais qui peut s’avérer difficile à concrétiser : « nous sommes dans un métier où il y a des contentions, comme par exemple des pyjamas fermés que la personne ne peut enlever seule – pour tout un tas de raisons, notamment médicales. Laisser au résident la possibilité d’accéder à son corps, cela signifie, dans l’exemple du pyjama fermé, lui laisser un moment, seul(e), entre le moment où on enlève ce pyjama et le moment de la toilette. » La formation a aussi permis l’émergence de solutions concrètes : « à présent le personnel a en tête le sujet au quotidien dans sa manière d’aborder son métier. Pour les pyjamas fermés, laisser un temps de solitude est devenu un réflexe dans la routine ».  


Espaces publics et espaces privés

Pour Gérard Ribes, « il faut repenser l’espace de l’institution : comme dans une micro-ville, quels sont les espaces publics, quels sont les espaces privés ? Dans les espaces publics des règles ont cours, certains interdits également, alors que les espaces privés doivent être respecté en tant que tels, comme le seraient les maisons et appartements de chacun des résidents. »
Comment penser la chambre comme un espace privé et le traiter comme tel ? Frapper aux portes avant d’entrer est une première étape toute simple. « Un réflexe déjà bien acquis, témoigne Gérard Ribes. Mais, dans la réalité, il s’écoule moins de 3 secondes entre le coup sur la porte et son ouverture. » Et le paradoxe est là : « presque tout le monde s’accorde sur ces principes de base qui permettent le respect de l’intimité, mais dans les faits, leur mise en place est compliquée. Les habitudes ont la vie dure » conclut-il. Les impératifs de productivité aussi ?


Dépasser les tabous, ensemble

Pourquoi le sujet n’est-il pas complètement intégré ? « La sexualité, et plus largement l’intimité, est un sujet encore tabou, qui dérange, explique le psychothérapeute. Il correspond à une représentation du temps : on considère que les personnes âgées doivent passer à autre chose. Pour certaines, en effet, c’est le cas, mais pour d’autres, la sexualité constitue un élément important de leur vie et de leur bien-être.»
Anne Uguen conseille d’aborder ce tabou dans des discussions d’équipe. « Il faut procéder avec tact, tant pour les résidents que pour le personnel. Il s’agit d’un sujet encore nouveau qui résonne en chacun de manière différente et sur lequel chacun projette beaucoup de soi-même, en fonction de son vécu, de ses angoisses, de son épanouissement. C’est pour cette raison qu’il nous faut mener une réflexion commune, de la même manière que nous le faisons depuis plus longtemps, et plus spontanément, sur le rapport à la douleur, aux situations familiales, etc. »


Le poids du regard des autres

« Chaque personne devrait avoir la liberté de faire son choix sans devoir, pour autant, endurer les regards réprobateurs » considère Gérard Ribes. « Or le regard social sur la sexualité des personnes âgées est très négatif, ajoute le psychothérapeute. Un vieux monsieur me disait « quand j’étais jeune, j’étais un chaud lapin, maintenant je suis un vieux cochon. ». Difficile de s’épanouir si on se sent considéré comme un « vieux dégueulasse », difficile aussi de se libérer de ce regard pour s’exprimer dans sa sexualité ».

Le point clé, alors ? « Il faut que la parole soit possible au sein de l’institution pour éviter la culpabilité ou le ressenti négatif, et travailler sur les perceptions de l’entourage » estime-t-il. Un travail qui nécessite beaucoup d’échanges pour améliorer la compréhension mutuelle.

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Où commence, et où finit le rôle du personnel face à la sexualité des résidents ?

« Il faut rappeler que les institutions ne sont pas les garantes de la morale, insiste Gérard Ribes. Elles sont responsables de la sécurité et de la santé de leurs pensionnaires, mais elles n’ont pas le rôle de dicter aux personnes la manière dont elles doivent vivre leur vie.» Cette notion est fondamentale, elle pose réellement la question de la liberté de vivre sa vie comme on l’entend. L’institution n’est pas un carcan. Les personnes doivent pouvoir y vivre autant que possible comme chez elles, en faisant ce qu’elles souhaitent et avec qui elles le souhaitent ». Reste qu’il y a des points de vigilance.


Veiller au consentement

Face à la variété de situations cognitives des résidents, le rôle du personnel de la structure d’accueil est de veiller à ce que la relation amoureuse soit consentie par les deux personnes qu’elle engage. Les maisons de retraite accueillant souvent des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou de troubles cognitifs, on s’y inquiète de la manière d’aborder la question de l’intimité et de la sexualité pour ces personnes dépendantes. Pour Gérard Ribes, c’est « mettre la charrue avant les bœufs. Il vaut mieux penser le « normal » avant le « pathologique ». Par ailleurs, ce n’est pas parce qu’on est atteint de la maladie d’Alzheimer que l’on n’a pas besoin de contacts humains, rappelle-t-il. Le toucher, le contact, la tendresse, sont des besoins fondamentaux ».


Faire attention aux mots

Pour Anne Uguen, il est important d’aborder la question avec tact. « C’est une génération qui n’a pas eu l’habitude de parler de sexualité, et nous nous sommes rendus compte que certains ont été blessés par l’emploi de certains mots lors de restitutions ou d’articles, parce que trop crus. Le mot « sexe » par exemple, ou
« sexualité », était douloureux. Eux préféraient parler de relation, d’amour, d’intimité.
 »
Michèle Delaunay, ancienne ministre déléguée chargée des Personnes âgées, à l’origine de la loi ASV, formulait alors ce nécessaire tact dans le choix des mots : « Je ne dis pas sexualité, je dis intimité, car je veux préserver le droit à la vie privée, qui est fondamental, et parler de sexualité, c’est déjà intrusif. »

La donne devrait probablement changer avec l’arrivée à l’âge de la retraite des baby-boomers – et les progrès des médicaments érectiles. Selon Gérard Ribes, « la question de la sexualité a été centrale dans leur construction personnelle, bien plus que pour les générations précédentes », ce qui devrait apporter plus de faciliter à en parler, mais également davantage d’attentes. « Il vaut mieux penser le sujet que d’attendre d’y être confrontés pour le saisir » recommande-t-il.


Gérer la famille

Le regard réprobateur peut aussi être celui de la famille. Selon Gérard Ribes, « Il n’y a pas plus castrateurs que les enfants de personnes âgées, vis-à-vis de la sexualité de leurs parents. L’institution doit garder à l’esprit que pour la famille, c’est surtout un point douloureux. Que des parents recréent une relation engendre des souffrances réelles pour la famille. Les enfants se sentent spoliés de l’amour d’une personne qui est leur : ils voient mon père, ma mère, et pas un homme, une femme ». Sans compter que la sexualité de ses parents est une chose encore irreprésentable » analyse-t-il.

La structure doit cependant éviter de se positionner en arbitre si le résident est en conflit avec ses enfants par rapport à sa situation amoureuse. « Les institutions sont prises entre le marteau et l’enclume : les besoins des résidents d’un côté, le regard des familles de l’autre » reconnaît Gérard Ribes. L’article 4 de la loi ASV dispose qu’une personne âgée « doit être protégée des actions visant à la séparer d’un tiers avec qui, de façon mutuellement consentie, elle entretient ou souhaite avoir une relation intime. » Le personnel n’a donc pas le droit de s’y opposer et doit même tout faire pour défendre cette intimité. Qu’ils en soient heureux, qu’ils l’acceptent ou le rejettent, les enfants n’ont en principe, pas à être consultés, ni même informés. En toute situation, c’est avec le résident qu’un dialogue doit être créé, pour agir dans son intérêt et lui permettre de mener une vie amoureuse sereine.

« L’information est la base de la compréhension, il faut mettre en place des moments d’échange d’information à ce sujet, pour les résidents, le personnel et la famille. Ecoute, empathie, information et non-intervention pour raison morale sont les quatre piliers de toute amorce de réflexion » résume Gérard Ribes.

 

Article proposé rédigé par Marine Guillermou pour Echo Silver.

 

 

Partenaire des EHPAD depuis 40 ans, Elior Services Santé a conçu Alegio®, une gamme d’outils pour réaliser les prestations de bionettoyage et de service des repas dans le respect du rythme et des préférences de chaque résident. En savoir plus  

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